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    Accueil » Lundi 2 mars – Ali: « Israël sera rayée de la carte et le Mehdi lui-même nous viendra en aide »
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    Lundi 2 mars – Ali: « Israël sera rayée de la carte et le Mehdi lui-même nous viendra en aide »

    Patricia KhoderBy Patricia Khoder2 mars 2026
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    Centre-ville de Beyrouth, 15h 30: Des déplacés de la banlieue sud de Beyrouth et du Liban-sud ont pris place sur les trottoirs ou attendent dans leurs voitures. Certains ont quitté leurs domiciles à 2h, dans la nuit de dimanche à lundi. Ils n’ont nulle part où aller.

    La scène a un air de déjà-vu, celui du début de la guerre d’Israël contre le Hezbollah, qui avait commencé avec l’opération des bipeurs, le 18 septembre 2024.

    Aujourd’hui, comme il y a 18 mois, les déplacés fuyant les raids israéliens consécutifs aux tirs de roquettes par le Hezbollah, sur le nord d’Israël, se comptent par centaines de millier. Les écoles publiques sélectionnées par le ministère de l’Éducation, pour leur ouvrir leurs portes dans tout le Liban, ne peuvent cependant accueillir que 47.000 personnes.

    «Je suis arrivé de Nabatiyé, du village de Adchit, il y a une heure. Nous sommes partis à 2 heures du matin, quand la première roquette a explosé», raconte Ali, la trentaine. Ali est venu avec une quinzaine de membres de sa famille, âgés de 2 à 77 ans, à bord de trois voitures.

    «En 2024, nous sommes restés dans une école de Zokak el-Blat. Là, nous attendons pour voir où aller. Il n’y a plus de place nulle part», se lamente-t-il.

    «J’espère que vous trouverez un endroit le plus rapidement possible et que vous pourrez rentrer chez vous le plus tôt. J’espère que votre maison sera épargnée», lui dis-je.

    Ali n’est pas très content d’entendre mes propos. Disons qu’il n’est pas de mon avis. «Notre guerre est sainte contre l’ennemi. L’Iran gagnera et le Mehdi (personnage saint de la communauté chiite qui attend son retour sur terre) viendra à notre rescousse. Ma maison a été endommagée par les bombardements en 2024 et je l’ai restaurée. Je me fiche qu’elle soit détruite ou non. Le plus important est de vaincre Israël. D’ailleurs je vous le dis: Israël disparaitra bientôt», martèle-t-il.

    Je lui demande: «Quand bientôt? Demain?»

    Un homme plus jeune s’approche de lui et les deux répondent presque en chœur: «Oui, demain».


    Je tourne le dos pour partir. Ce matin, contrairement à beaucoup d’habitants de Beyrouth, je me suis réveillée à 8h 30. La nuit était dure. La ville a été secouée par les bombardements nocturnes de la banlieue sud, en riposte aux trois roquettes que le Hezbollah avait lancé vers le nord d’Israël. Des tirs immédiatement revendiqués par la formation pro-iranienne. Que voulez-vous, j’ai toujours dormi comme un loir et depuis ma tendre enfancej’ai très rarement été réveillée par les bombardements. Dans un pays instable comme le Liban, c’est une aubaine.

    J’ai allumé la télévision à mon réveil pour suivre le mouvement d’exode. Les files de voitures, pleines à craquer de personnes âgées, de femmes et d’enfants, fuyant le Liban Sud, sont interminables. Tout à fait comme en septembre 2024.

    Une tristesse immense m’envahit. Le cœur presque fendu en deux, je pense à ce que toutes ces personnes endurent, pour rien. J’ai envie de les protéger, de les aider à préserver leur dignité. Je ne veux pas que la communauté chiite soit marginalisée dans son ensemble à cause du Hezbollah, dont les activités militaires et paramilitaires sont désormais considérées hors-la-loi par l’État libanais.

    Rendez-vous devant la mosquée al-Aqsa

    Je veux m’éloigner de cet homme, parce que je voulais préserver les sentiments de ce matin et mon élan de tolérance.

    Mais il me suit. Le ton sincère, parce qu’il a probablement cru aux mensonges qu’on lui a inculqués depuis qu’il était petit, il a martelé: «les Iraniens sortiront vainqueurs. Où est-ce que je peux vous revoir quand Israël disparaîtra de la carte, juste pour vous dire que j’avais raison»? Je réponds immédiatement: «A la porte de la Mosquée al-Aqsa, à Jérusalem».

    Je quitte le centre-ville, en taxi. Je suis sans voiture depuis quelques jours mais cela est une autre histoire, que je vous raconterai plus tard. Le chauffeur, sunnite, qui a entendu la fin de la conversation, est sidéré. Comme moi, et comme la plupart des Libanais, il est excédé.

    «Quel lavage de cerveau! L’Iran s’est suicidé en bombardant les pays du Golfe. Il n’y aura plus un chiite dans les pays du Golfe. Ils vont les expulser un à un», lance-t-il, l’air presque satisfait.

    Cap sur Achrafieh, pour faire signer des papiers officiels par un moukhtar. Il me raconte que «tout comme 2024, aucune école officielle n’ouvrira ses portes aux déplacés à Achrafieh». Pour les étrangers qui me lisent, Achrafieh est un des principaux quartiers chrétiens de Beyrouth. Il couvre le tiers de la ville.

    Un homme présent s’exclame: « Nous ne voulons pas d’eux chez nous. Qu’ils assument les conséquences de leurs actes. Basta!».

    A l’ABC, je vais m’enquérir de Reine, vendeuse et masseuse chez Clarins, qui habite la banlieue sud de Beyrouth, comme de nombreux employés du grand magasin. On me dit qu’elle n’est pas venue travailler aujourd’hui.

    Je vais à la Mie Dorée, au même étage, pour un café. Le restaurant est à moitié plein. Les clients sont attablés comme si de rien n’était. Le bruit d’une salve d’obus lancés sur la banlieue sud les fait sursauter. Il n’y a aucun mouvement de panique. En quelques secondes, ils se remettent à boire et à manger et continuent leurs conversations. «Cette fois-ci, c’est la bonne», commente-t-on à une table, évoquant implicitement la fin du Hezbollah.

    Au supermarché Spinneys, où on attend une bonne dizaine de minutes à la caisse, les gens faisant leurs provisions, je croise deux amis. Nous parlons de la situation et ce sont les mêmes phrases qui reviennent: «bon débarras», «qu’on en finisse une fois pour toutes», «zéro solidarité».

    En vingt ans, depuis 2005, année de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, le Hezbollah a consolidé sa mainmise sur le Liban, prenant le pays en otage, assassinant des figures de l’opposition, paralysant l’État, et traitant les Libanais avec arrogance et désinvolture. Aujourd’hui, malheureusement, c’est toute la communauté chiite qui paie le prix.

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    Patricia Khoder

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