
«Il y a six ans, à cette heure-ci, tout cela ne s’était pas encore passé», lance la sœur de Joseph Roukoz, employé de la CMA CGM, tué dans l’explosion du port de Beyrouth le mardi 4 août 2020 à 18h07. Au pied des silos éventrés, face à la plaque commémorative dédiée aux victimes, elle brandit le portrait de son frère.
Il est 10h. Pour la première fois depuis six ans, le comité des parents des victimes a convié les ambassadeurs en poste au Liban à la commémoration de l’explosion du port de Beyrouth, l’une des plus puissantes jamais enregistrées après celles de Hiroshima et de Nagasaki.
«Nous avons pris cette initiative pour rappeler que des ressortissants étrangers ont péri dans l’explosion du port», explique à Beyrouth 360 le Dr Nazih Adem, le père de Christelle, tuée dans l’explosion alors qu’elle se trouvait dans sa maison, située face au port. Elle avait 36 ans.
Il explique que parmi les 243 victimes figurent 43 ressortissants occidentaux, notamment: douze Français, dix Américains, deux Belges, un Allemand, un Australien, un Néerlandais, ainsi que des Grecs, des Canadiens et des Arméniens. «Nous œuvrons tous pour traduire les responsables de ce massacre en justice», affirme-t-il.
Depuis six ans, les familles des victimes attendent que justice soit rendue. En vain.
Fouad Abou Nader, fondateur et président de l’ONG Nawraj et du Conseil chrétien de coordination, est présent sur les lieux aux côtés des familles des victimes. Il explique à Beyrouth 360 que «l’acte d’accusation devrait être rendu public en novembre prochain». «Mais pour la suite, il faudra voir comment la situation évoluera au Liban. Elle dépendra, par exemple, des résultats de la guerre actuelle (livrée au Liban-Sud)», poursuit-il.
L’ancien ministre de l’Intérieur, Ziyad Baroud, également présent, n’a aucun doute. «Justice sera rendue», affirme-t-il.
Le rassemblement à également mobilisé le ministre de l’Information, Paul Morcos, et le ministre de la Justice, Adel Nasser, qui a fait du dossier de l’explosion du port de Beyrouth l’un de ses chevaux de bataille.
«Les revendications des familles des victimes sont justes. C’est leur droit le plus naturel d’obtenir que justice soit rendue. Nous savons tous aujourd’hui, depuis la formation du nouveau gouvernement (février 2025), que la situation politique a changé, que les postes vacants ont été pourvus et que la procédure s’est poursuivie», dit-il à Beyrouth 360.



«Pour nous, c’est toujours le 4 août 2020», lance Rita Hitti, la mère de Nagib Hitti l’un des trois pompiers de Qartaba, tous membres d’une même famille, tués dans l’explosion du port.
Cette idée du temps arrêté il y a déjà six ans revient sur les lèvres d’autres parents de victimes. Face aux silos du port ou désignant du doigt des immeubles du quartier de Mar Mikhael où leurs proches ont péri, certains peinent à contenir leurs larmes.
Mireille Khoury, la mère d’Élias, explique que «la tristesse restera à jamais présente, malgré le temps qui passe». «Mais la colère et l’amertume que nous ressentons encore aujourd’hui se dissiperont si justice est faite», ajoute-t-elle. Élias avait 15 ans ce 4 août 2020. Il a été tué alors qu’il observait l’incendie au port depuis la fenêtre de sa chambre.
William Noun, le courageux frère du pompier Joe, estime: «Il y aura un acte d’accusation avant la fin de l’année. Mais tout dépendra de l’attitude des responsables politiques pour voir si justice sera vraiment rendue.»
Parmi les diplomates, on notait notamment la présence du nonce apostolique Paolo Borgia, des ambassadeurs de France Hervé Magro, des Pays-Bas Frank Mollen, du Royaume-Uni Hamish Cowell, de Corée du Sud Guysuk Geon, d’Australie Tom Wilson, de l’Union européenne Sandra de Waele et du Canada Gregory Galligan. Étaient également présents des délégués des ambassades des Etats-Unis, de Norvège, d’Allemagne, de Belgique, du Danemark et de Suisse.


