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    Accueil » Parution : Du Levant au couchant, un travail de mémoire d’une rare franchise
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    Parution : Du Levant au couchant, un travail de mémoire d’une rare franchise

    Fady NounBy Fady Noun29 août 2025
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    « Du Levant au couchant, une autobiographie de Aïda Irani Dahan », disponible sur les principaux sites de vente en ligne.

    Le Liban n’est pas une erreur historique. C’est même tout le contraire. C’est par désespoir de le voir redevenir le modèle de tolérance et d’humanisme qu’il était, que beaucoup ont abandonné ses rivages. L’écrivaine Aïda Irani Dahan ne fait pas exception. Mais alors, quitter le Liban était-ce pécher contre l’espérance ou faire preuve de réalisme? J’imagine que chaque expatrié doit se poser cette question.

    Quoi qu’il en soit, Aïda Dahan est textuellement de retour au Liban avec une autobiographie, « Du Levant au couchant », dans lequel elle raconte, de façon libre et directe, son enfance et son adolescence, sa conversion, son mariage et enfin son arrachement à un pays au destin désespérément incertain. Son récit s’achève avec le décollage de l’avion qui l’emporte vers Montréal avec son mari, Raouf, leurs deux enfants Michel et Marianne, et une grande interrogation : « Qu’est-ce qui nous attend ? ». Un Tome 2, à paraître en 2026, nous en livrera la réponse.

    Dans cette première partie de l’autobiographie, le lecteur trouvera d’abord, entre autres repères géographique, le village natal de l’autrice, Araya, bastion du parti Kataëb situé aux confins de deux régions chrétienne et druze, que la guerre va transformer en zone de démarcation. C’est dans ce beau village, enfoui dans une immense pinède, que grandissent Aïda, sa sœur, ses frères et ses cousins, et que l’aventure de l’enfance se heurtera à la réalité de la guerre, de la foi, de l’amour et de la mort.

    Contrairement à beaucoup d’écrivains libanais amateurs, qui ont cherché à décrire « l’âge d’or » du Liban par le biais de la fiction, Aïda Dahan a choisi, à la demande de ses enfants, l’autobiographie, de sorte que le lecteur n’a plus à deviner qui a servi de modèle à tel ou tel personnage. Elle a pu le faire grâce à une extraordinaire mémoire qui lui a permis de faire revivre la douceur du Liban et le côté picaresque de son enfance, de sa jeunesse et de ses premières années de maturité.

    L’ouvrage ne donne pas de leçons. Il est émaillé de pointes d’humour. On y voit l’engrenage de la guerre s’enclencher et l’idée du départ faire son chemin dans les esprits. Par moments, le texte s’élève à la hauteur d’un véritable témoignage, et tient lieu de ce « devoir de mémoire » dont d’autres peuples nous disent que, sans lui, nous répéterons nos erreurs à l’infini.

    C’est le cas dans le compte rendu des massacres des camps (de Sabra et Chatila, non nommés) qui ont suivi l’assassinat de Bachir Gemayel (14 septembre 1982), avant son entrée en fonction comme président élu. Evoquant ces drames, l’autrice s’abstient de tout jugement politique et en rachète l’horreur et l’immoralité en exprimant sa compassion pour ses victimes. « C’est avec douleur et beaucoup de honte que j’évoque cette période qui plongea le pays dans l’avilissement le plus total », écrit-elle.

    Zigzaguer entre les obus

    Aïda Dahan ne cache rien, mais elle ne s’appesantit sur rien non plus. Cela tient peut-être de cette pudeur ou de ce sens de la mesure qui a conduit beaucoup de Libanais à qualifier « d’événements » la guerre multiforme qui a ravagé leur pays et dont ils ont espéré quinze ans durant, sans se lasser, qu’elle prenne incessamment fin.

    Avec un art de conteur consommé, dû sans doute à un travail acharné qui lui fait honneur, son récit reste fluide et sans temps morts. On se prend à sourire aux premières déconvenues de l’épouse, qui doit s’ajuster aux habitudes de vie de son mari, qu’elle aime profondément, dans une séquence qui rappelle irrésistiblement les paroles d’une chanson de Claude Nougaro : « Voilà ce qu’elle voudrait, seulement il y a la vie / seulement il y a le temps / et le moment fatal / où le vilain mari/ tue le prince charmant ». Ou seulement l’assomme. Car l’amour véritable est un explorateur de grands fonds.

    L’autobiographie de Aïda Dahan est un livre que chaque Libanais à condition d’avoir son talent, pourrait écrire dans ses grandes lignes. Le drame y fait son entrée quand sa mère, qui tenait une boutique de mode à Furn el-Chebback, est tuée dans un attentat à la voiture piégée (21 janvier 1986). Son corps ne sera identifié qu’à son alliance. En décembre de la même année, ce drame se répète quand la mère de son fiancé est, à son tour, heurtée par une voiture traversant Dora à folle allure. Dès lors, portant un double deuil, le couple, qui s’arrange pour se marier à la Saint-Valentin, zigzague entre les obus. Il finit par mettre « une croix sur le Liban », alors même qu’une bonne offre de travail survient, qui aurait pu lui assurer un niveau de vie enviable.

    Les deux ultimes pages du livre sont poignantes. Elles finissent ainsi : « Les dernières images que j’emportai au décollage furent celles d’un Liban meurtri et déchiré par la méchanceté et la convoitise des hommes (…) d’un peuple mutilé et résigné (…). L’immense bolide s’éleva bien haut, arrachant impitoyablement les racines solides et profondes qui me rattachaient encore à ma terre natale ».

    Un excellent travail de mémoire, d’une rare franchise.

    Aïda Dahan sera peut-être au Liban à l’automne pour signer son ouvrage. A Montréal, c’est déjà fait et le livre rencontre pas mal de succès. Sur la couverture de l’ouvrage figure une photo de son domicile familial à Araya, une belle demeure à arcades typique de l’architecture libanaise traditionnelle.

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    Fady Noun

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