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    Accueil » Attentat contre une église à Damas, le sort incertain des chrétiens de Syrie
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    Attentat contre une église à Damas, le sort incertain des chrétiens de Syrie

    Patricia KhoderBy Patricia Khoder23 juin 2025
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    D’un million et demi en 2010, la communauté ne compte plus que 300 000 personnes aujourd’hui.

    Eglise saint Serge des Arméniens orthodoxes.
    Bad Charki et la Via Recta romaine.
    La maison du disciple Ananias, devenue la première église de Damas.

    « Saül n’a pas eu raison de nous, ce ne sont pas les islamistes qui le feront », s’exclame Hany*, qui tient un magasin de souvenirs, à côté de l’église Saint Ananias, à Bab Charki, au cœur de Damas.

    Pour ceux qui ne le savent pas, Saül, c’est le prénom juif de Saint Paul avant sa conversion au christianisme, Saint Ananias est un disciple de Jésus qui a rendu la vue à Saint Paul, aveuglé par la lumière du Christ qui lui est apparu, sur le chemin de Damas, sur la Via Recta, la même qui traverse toujours aujourd’hui le cœur du quartier chrétien de la ville. Et l’église de saint Ananias, où Hany a ouvert sa boutique à proximité, est en fait la maison du disciple du Christ. La légende ou la foi veut aussi que Jésus ait apparu justement à son disciple dans cette église pour l’informer de la conversion de Saül, qui persécutait les chrétiens.

    Hier, le premier attentat suicide, contre des chrétiens qui célébraient la messe au cœur de Damas, a été perpétré, par le groupe Etat islamique.

    L’attentat contre l’église du prophète Elie des grecs-orthodoxes, n’a pas eu lieu dans la vieille ville touristique, entre Bab Charki et Bab Touma, quartiers majoritairement chrétiens et qui abritent tous les évêchés de toutes les communautés chrétiennes de Syrie, ni à Qassaa, un quartier habité par ce qui reste de la bourgeoisie chrétienne de Damas, mais à Doueilaa, un secteur chrétien moins nanti que les autres, voire un quartier pauvre de la ville.

    Selon un communiqué de l’évêché grec-orthodoxe de Damas, le kamikaze s’est fait exploser à l’entrée de l’église, blessant et tuant des personnes à l’intérieur et à l’extérieur du lieu de culte. Selon des rescapés en état de choc, le kamikaze s’est fait sauter devant l’autel, alors qu’un autre homme était présent sur le parvis de l’église et tirait sur la foule. Un prêtre présent sur place a noté que le kamikaze a tiré dans tous les sens dès son entrée à l’église avant d’activer sa ceinture d’explosifs devant l’autel.

    Dans la soirée, on comptait déjà une vingtaine de tués. 

    Ceux qui n’ont pas assisté à une messe, un vendredi, un samedi ou un dimanche après-midi dans une importante église de Damas, ne savent pas que lors de l’office religieux, les fidèles sont aussi nombreux sur le parvis ou à l’intérieur de l’église.

    Je ne suis pas à Damas maintenant, j’aurais aimé y être. Par solidarité.

    Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, j’y ai été à trois reprises, pour du travail. La Libanaise chrétienne ayant vécu à Beyrouth Est, que je suis, n’y avait jamais mis les pieds auparavant. Je suis tombée amoureuse de la ville et de ses habitants. La dernière fois, en mars dernier, je suis restée cinq semaines d’affilée. Mais cela n’est pas notre sujet maintenant, fermons donc cette parenthèse.

    C’est lors de mon deuxième séjour dans la capitale syrienne que j’ai rencontré Hany et je suis devenu amie avec lui.

    Un meilleur avenir aux enfants

    Hany a deux enfants. Appauvri par les années Assad, il a travaillé auprès d’une congrégation religieuse. L’argent qu’il gagnait, il le payait à l’armée pour échapper au service militaire. « Mon fils de huit ans n’a connu que maintenant le goût des bananes. Avant c’était trop cher », explique-t-il.

    Comme la majorité des chrétiens restés aujourd’hui en Syrie, Hany, la trentaine, n’a pas les moyens de partir.

    Les chrétiens de Syrie, toutes communautés confondues, selon les chiffres de divers diocèses, étaient trois millions avant l’arrivée de Hafez el-Assad au pouvoir en 1971, ils étaient 1,5 millions en 2010, à la veille de la guerre. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 300 000 personnes, dans toutes les régions de la Syrie, l’un des premiers pays christianisés du monde.

    Hany aime son pays mais il voudrait bien offrir un meilleur avenir à ses enfants en les envoyant à l’étranger. Comme toutes les personnes de sa communauté d’ailleurs.

    Kevork* a deux garçons, âgés de 15 et 13 ans. Tous les deux font partie des scouts de l’église arménienne orthodoxe. Pour Pâques, tous les week-end du carême, les deux garçons, qui font partie de la fanfare de l’église Mar Sarkis (saint Serge), celle de l’archevêché arménien orthodoxe, venaient avec leur père pour s’entraîner à la trompette.

    « Mes beaux-frères ont émigré au Canada, mes frères et sœurs sont déjà en Australie. Une fois que mes deux enfants termineront l’école, je les enverrai chez leurs oncles et tantes », dit-il. Il explique : « A Damas, avant la guerre, il y avait 17 000 arméniens-orthodoxes. Aujourd’hui, nous sommes 3 000 ». « Moi je reste ici. C’est trop tard pour moi de partir. J’attends pour voir ce qui arrivera », ajoute-t-il.

    Jusqu’à dimanche, les 300 000 chrétiens restés en Syrie attendaient encore pour voir si vraiment leurs vies, leurs cultes et leurs communautés, seront en danger. Hier, ils ont eu une réponse, une vraie.

    * Les prénoms ont été changés pour des raisons de sécurité.

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    Patricia Khoder

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