Les bombes israéliennes au phosphore pleuvent sur le Liban-Sud, faisant dans le ciel une série d’incandescences qui ressemblent à des étoiles filantes. Sauf que ces étoiles ne sont qu’un feu destructeur.
Le phosphore blanc est une menace terrible pour la santé humaine, causant des brûlures de peau difficilement traitables et affectant durablement les poumons quand il est respiré. Mais son impact le plus dévastateur et le plus durable, c’est sur la nature et sur les terrains agricoles qu’il s’exerce.
Israël n’a pas lésiné sur l’utilisation de cette arme destructrice dans son conflit avec le Hezbollah, commencé en octobre 2023 : plus d’une centaine de bombes au phosphore et incendiaires ont été recensées jusqu’à début janvier par l’observatoire du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), et plus de huit millions de mètres carrés s’étaient déjà volatilisés à cette date. L’Etat hébreu n’est pas signataire de la Convention de Genève qui interdit ces armes dans les zones civiles et recherche vraisemblablement la dévastation au Liban-Sud.
Car les feux provoqués par cette substance sont particulièrement intenses et difficiles à éteindre, s’allumant en plusieurs points simultanément. Pire encore, les répercussions du phosphore blanc survivent longtemps aux feux éteints, impactant durablement le sol fertile et les zones boisées et cultivées. Comme si tout cela n’était pas suffisant, l’armée libanaise a démantelé le 9 janvier, in extremis, des tuyaux infiltrés par les Israéliens sur des villages frontaliers pour y déverser du carburant et incendier de nouvelles terres.
Cette politique de terre brûlée et de dégradation de l’environnement, visant à rendre les terres inhabitables et empoisonner durablement la vie des populations, n’est pas nouvelle. Déjà lors de la guerre de 2006, Israël avait causé une marée noire en bombardant une cible civile, les réservoirs de fuel de la centrale électrique de Jiyé, au sud de Beyrouth : toute la côte libanaise jusqu’au nord avait alors été polluée, et son nettoyage a duré des années.
“La destruction de l’environnement est l’arme ultime, celle susceptible d’empêcher le retour à la vie normale et d’anéantir les ressources naturelles et économiques d’une population”
Et ces méthodes ne sont pas inédites : à titre d’exemple, le groupe extrémiste Etat islamique, ou Daech, était connu, durant les années où il a contrôlé plusieurs territoires arabes, pour utiliser les barrages comme armes : il les fermait quand il voulait empêcher l’accès à l’eau, et les ouvrait pour provoquer des inondations lorsqu’il comptait entraver l’action des forces de l’ordre.
La destruction de l’environnement est l’arme ultime, celle susceptible d’empêcher le retour à la vie normale et d’anéantir les ressources naturelles et économiques d’une population. Des milliers d’oliviers ont ainsi été carbonisés au sud depuis octobre. L’utilisation du phosphore ne rime pas seulement avec la destruction des vies, mais aussi, et surtout, avec celle de l’avenir.
Un drame ? Sans doute. Mais paradoxalement, dans un pays comme le Liban où la destruction de l’environnement n’attend malheureusement pas les guerres, cette menace existentialiste n’est pas nouvelle. Si l’ennemi ne trouve pas mieux que la terre brûlée pour nous déloger, ne serait-il pas temps que nous arrêtions, en temps de paix, de dévaster nous-mêmes la nature de notre pays sans autre calcul que les intérêts étroits de quelques individus vénaux ?
